Nous en parlons depuis des années, nous avons tous essayé de l’éviter au maximum, mais au final, pour une majorité d’entre vous (https://lnkd.in/p/eu6kR3iE) c’est le cargo cult qui est la principale cause du désamour des organisations et décideurs envers l’agilité.
“Cargo cult” est un terme que nous utilisons souvent pour montrer la bêtise derrière le fait de reproduire ce qui est fait ailleurs, dans d’autres circonstances et/ou contexte et d’espérer en avoir les mêmes résultats (généralement des gains et bénéfices). Camille M nous décris brièvement les origines du terme dans cet article sur Hacoeur.fr et Emilie Esposito a même développé le concept dans cette conférence.
Entant qu’agiliste, j’ai pris connaissance de ce terme rapidement dans ma carrière et j’ai toujours essayé d’en parler pour sensibiliser les personnes en évolution agile sur le fait de toujours challenger les pratiques proposées par rapport au contexte et à la problématique qu’ils souhaitaient travailler avec ces-dites pratiques.
Cependant, j’ai longtemps eu des oeillères sur le fait que le cargo cult ultime résidait profondément dans notre culture agile. Dés le lancement, voir avant, du terme agile, donc avant la signature du manifeste, le cargo culte était présent dans nos métiers.
Si on y réfléchit bien, dés le moment où un quidam écrit sur les méthodes de travail qui ont aidé son organisation à avancer, il y a un ou des autres quidams pour tenter d’utiliser ces apprentissages organisationnels au sein de sa ou de ses propres équipes.
Et c’est encore plus vrai pour un framework méthodologique : si tu veux atteindre ceci, alors il te faut faire ca. Ils l’ont souvent fait sans s’en rendre compte, mais même avec “disclaimer” ces expositions de “solutions” tentaient les futurs adoptants et ces derniers n’en voyaient que les promesses, et pas les facteurs limitants.
Qu’on parle de Scrum, des équipes Spotify ou de SAFe, nombre de “solutions méthodologiques” se sont présentées comme efficaces, voir pleines de promesses, à condition soit de les suivre à la lettre, soit d’être dans un contexte ultra précis et délimité, soit les deux.
D’aucuns me diront : “oui, mais moi j’ai toujours apporté la démarche plus que les pratiques !”. Je sais, moi aussi. Mais malheureusement, aux oreilles du grand public et donc des acheteurs/décideurs, l’agilité portait des promesses qu’elle n’a pas pu tenir au final. Des promesses d’efficacité, d’auto-organisation, de rapidité, de capacité d’adaptation… Je ne m’attarderais pas ici sur les raisons de ces échecs, je les explorerais sans doute plus tard.
Il y a bien eu, au fil des ans, des mouvements complémentaires qui ont essayé de remettre l’église au milieu du village, je citerais ici “Agnostic Agile”, mouvement auquel j’ai adhéré dés que j’en ai entendu parlé (en 2018 il me semble), et “Heart of agile”. Mais devant le chatoiement des promesses portées par les frameworks, ces mouvements n’ont pas eu, en France, le retentissement qui leur aurait permis de changer la tendance d’achats de promesses agiles.
Qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne pense pas, tous ces frameworks ne sont pas mauvais entant que tels, je reste un fervent défenseur de la bonne utilisation de Scrum et je ne cacherais jamais l’apport d’une vision d’équipes à la Spotify. C’est, de mon point de vue actuel, l’aspect consumérisme, “main stream” de ces frameworks qui, dans un engouement très haut pour la démarche agile, a engendré ce regard “cargo culté”. Il n’empêche, qu’à l’heure de l’IA à tout prix, de craintes pour l’avenir des emplois des SI… il semble dérisoire de tenter de remettre les choses à plat et de sauver l’agilité.
D’autant que le terme “Agile”, par lui même, est sans doute trop familier tout en n’étant pas suffisamment précis pour la plupart des organisations qui pourraient en bénéficier.
Alors oui, je crois que l’agile est mort. Il est mort entant que terme compréhensible vis à vis d’une démarche précise, il est mort dans l’esprit des acheteurs qui sont passés à autre chose, avec des problématiques moins humaines qu’économiques…
Ça ne veut pas dire pour autant que la démarche (philosophie) agile a disparu, tout comme ça ne veut pas dire que les agilistes n’ont plus rien à amener aux organisations. Ce que ça veut dire, c’est que nous devons en faire le deuil, le plus rapidement possible, pour recommencer / continuer à apporter de la valeur aux humains qui constituent les organisations, j’irais même jusqu’à dire qu’il faut continuellement les remettre au sein de la création de valeur du système.
Nous trouverons d’autres termes, peut-être, nous continuerons à découvrir et à faire découvrir des nouvelles manières de fonctionner en organisation. Mais une chose me parait comme certaines : je ne tomberais plus dans le piège des frameworks.

