L’éléphant dans la pièce

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Toutes les bonnes choses ont une fin : nos séries préférées, une chanson, une bonne soirée, une partie de jeu de société, une mission… et même un mouvement de fond.

Je vais tout de suite le mettre au milieu de la pièce notre éléphant : on ne peut plus vendre de l’accompagnement agile. Enfin, plus comme c’était fait avant. De toute façon ça ne se vend plus.

De confidentiel à mainstream, les beaux jours agiles

Au début c’était tout beau, tout neuf, peu de monde en avait entendu parlé, peu de gens le maitrisait, alors l’accompagnement agile se vendait difficilement mais créait beaucoup de valeur.

Par la suite, il est devenu un peu plus mainstream, grâce aux succès “markétés” des premiers projets agiles. Comme la visibilité a augmenté, la demande aussi. Du coup ça se vendait bien.

Un fantôme en feu
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Comme tout “produit”, l’accompagnement agile a fait des envieux : de plus en plus de personnes ont voulu en faire. Était-ce par appât du gain ou par conviction personnelle, je ne suis pas là pour juger, mais une chose est sûre : tout le monde en parlait, beaucoup en proposaient à leurs clients, et en plus les clients en cherchaient!

Pendant quelques années, nous avons vu émerger des initiatives diverses et variées. Un titre aussi a vu le jour : coach agile. Et tout allait plutôt bien. Même si nous étions beaucoup sur le marché, j’ai peu connu et vu de vrai concurrence entre nous. Beaucoup de partage, de création, de co-création… des nouvelle idées, des nouveaux courants. Le rôle de coach a pris une dimension tentaculaire mais sans pour autant avoir de forme précise.

Coach agile : c’est pas un vrai métier !

Des définitions ont vu le jour ici et là, tentant soit de chercher un consensus autour de nos fonctions, soit de proposer une vision spécifique, parfois portée par une grosse ESN, de ce que devait être les missions d’un coach agile. Moi même, j’ai travaillé à un manifeste du coach agile.

Malheureusement, ce titre n’a jamais franchi le cap suprême : devenir un vrai métier, référencé auprès des services de l’état, et donc décrit avec un canon des missions.

Donc l’aspect tentaculaire a continué à s’étendre posant de plus en plus de problématiques. Où était la limite entre coach agile et coach professionnel? Où s’arrête le rôle opérationnel? Où commence le rôle transformationnel? Comment traverser plafond et plancher de verre?

Certains ont même prédit ou annoncé la mort de la démarche agile, soit dans l’espoir de provoquer un électrochoc de retour aux sources, soit juste pour faire le buzz, parfois même en toute bonne fois parce qu’il en était persuadé. Je vous conseille cet article d’Alex Boutin.

La fin de l’agile ?

Revenons au déroulé chronologique : d’un mouvement confidentiel devenu presque central à la vie des organisations IT, nous arrivons inexorablement à la fin de la frise.

Est arrivée la crise, la fin de la mode, la fin des budgets, ou tout simplement la fin des besoins.

L’accompagnement agile ne vend plus, ou du moins plus autant qu’avant.

Quelles en sont les raisons? J’ai exploré, et je continue à explorer, plusieurs pistes :

  • L’absence de définition unique de notre métier a eu raison du coach agile.
  • La démarche agile, créée pour l’IT, n’a pas su prouver son utilité au non it (en tout cas pas de manière assez large).
  • La difficulté de scalabilité ressentie (ou avérée) de la démarche nous impose ses limites.
  • L’agile est maintenant considéré comme intégré aux commodités du fonctionnement des équipes.
  • Le terme agile est tellement vague qu’il ne veut plus dire grand chose (certains argueront qu’il n’a jamais été porteur de sens), donc il a lassé les décideurs.
  • Le cargo culte des frameworks a érodé la confiance des organisation.
  • Le coach agile a-t-il déjà prouvé sa valeur auprès des financiers, alors que ce sont eux qui ont maintenant les rênes des évolutions d’organisation…

Si j’en trouve le temps, j’exposerais ces pistes plus en détail prochainement, afin de lancer éventuellement des débats autour de ces causes.

Il est vraisemblable qu’il n’y ait pas une raison unique à cette crise actuelle.

Il est aussi possible qu’elle ne soit que passagère, et que la démarche agile revienne au top des besoins des décideurs agiles en terme d’accompagnement.

Mais quoi qu’il en soit, je suis persuadé d’une chose : le terme agile va disparaitre.

Ca ne veut pas dire que l’esprit de la démarche n’est plus pertinent, loin de là, mais il nous faudra trouver une autre manière de l’adresser.

Alors, c’est quoi la suite ?

Comment continuer à accompagner les organisations?

Personnellement, je regarde cette dernière question d’un point de vue valeur : quelle valeur puis-je encore amener aux organisations et comment la markéter?

De mon côté, j’ai la chance d’avoir plusieurs expertises qui pourraient me proposer des pistes mais j’ai également une expérience professionnelle qui m’offre quelques insights.

Un poteau avec plusieurs panneaux de direction
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Pour commencer, j’ai trouvé une structure qui me permet de créer de la valeur en interne (voir mon article sur le sujet) et je vais continuer à répondre aux demandes d’accompagnements typées agiles (lorsqu’ils se présenteront).

Puis je fais partie de plusieurs communautés avec lesquelles je peux réfléchir à la suite. Le post agile passe forcément, dans mon cas, par une proposition de valeur au niveau de l’alignement stratégique humain. J’évoquerais plus en détail ce point prochainement.

J’ai aussi la possibilité de proposer des prestations liées à mon autre passion : le serious gaming.

J’ai la chance également de pouvoir accompagner les clients sur de la facilitations d’ateliers ponctuels.

Je me pose également la question de suivre un parcours de certification coach professionnel.

Enfin, je ne vois pas mon parcours continuer sans y intégrer une composante d’éco-responsabilité, éco-social et/ou de prise en compte de la QVCT.

Comme à mon habitude, je documenterais mon après agile, soit ici, soit sur hacoeur.fr (qui est en évolution communautaire), soit au travers de conférences et serious games que j’aurais la chance de créer sur le chemin.

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