La solitude du coach

“Elle est belle la vie de coach, tu vois des personnes différentes tout le temps”.

“Toi t’es coach, tu dois être une “people person””.

Oui, c’est vrai qu’être coach agile (ou agent du changement), c’est presque toujours travailler avec des groupes ou des individus, interagir, échanger, parler, mais j’avoue que depuis un certain temps le sujet de la solitude du coach me tarabuste…

Etre agent du changement, n’est pas facile. Les gens attendent énormément de toi, tu attends énormément des gens (et de toi), cependant, tu es souvent dans une position que seul toi occupe.

Je ne parlerais pas du syndrome de l’imposteur, je laisserai à Laurent Sarrazin en parler dans son prochain opus, il le ferra tellement mieux, mais je voudrais aborder ici cet état, qui fait que quand on est coach on est souvent seul même au sein d’un groupe.

Seul parce que, en premier lieu, tu es souvent le seul coach à intervenir pour un accompagnement donné.

Seul parce qu’en suite, toutes les personnes que tu accompagnes regardent dans ta direction, mais toi, dans quelle direction peux-tu (dois-tu) regarder?

Seul pour finir, parce qu’à la fin de l’exercice, atelier… les sujets que tu as abordé auront (ou non) trouvé une réponse de groupe, mais surtout parce qu’au final, ce n’est pas toi qui va travailler à la solution, amélioration… mais bel et bien les accompagnés. Et toi, tu repars vers un autre atelier pour aborder un sujet qui peut sembler similaire, tout en sachant que tu devras atteindre rapidement un degrés d’attention et de concentration maximum pour essayer de ne pas faire entrer tout le monde dans la même case… et ça toi seul sait comment le faire pour ton atelier…

Alors, certes, ça peut paraitre un peu déprimant à première vue, et la solitude l’est souvent, mais il est important de savoir que ce que tu ressens à ce moment là, d’autres le vivent aussi. Quoi faire? Je ne suis pas sur qu’il y ait de réponse toute faite, mais voici ce que j’essaye de m’appliquer à moi même…

En premier lieu, prendre plaisir à animer, accompagner, écouter les personnes qu’on “coache”. Ça peut paraitre con, mais il faut savoir s’appliquer à soi la règle des deux pieds. Bon, c’est chaud si l’animateur se casse en plein milieu d’un atelier, mais je voulais dire que si le plaisir n’est plus là dans un accompagnement spécifique, rien n’empêche de le dire et de proposer d’arrêter l’accompagnement.

Ensuite, nous avons la chance en France d’avoir une belle communauté d’accompagnateurs agiles (qu’ils soient coachs, agents du changement, agilitateurs…). Il ne faut pas hésiter à les retrouver aussi souvent que possible. Oui, c’est aussi à ça que servent les événements agiles. J’ai aussi la chance d’intervenir dans une cellule d’agilisation ainsi qu’au sein du GAG, et ça apaise ce sentiment.

Et j’ai envie de terminer avec une autre règle qu’on voit souvent dans les forums ouverts agiles: se dire que ce qui arrive est ce qui devait arriver. J’aime à dire qu’entant que coach je n’ai aucune réponse mais que des questions. Et c’est vrai, mais il faut se le répéter constamment, comme un mantra, car à moins d’en être persuadé, on peut vite arriver à se démoraliser des conclusions propres que se font les individus suite à notre intervention. La question la plus importante à laquelle nous avons continuellement besoin de réponse c’est “Mon intervention vous a-t-elle été utile?” Au moins, à défaut d’être plusieurs, si j’ai été utile, le temps passé n’a pas été perdu…

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